HELNWEIN ou « les stigmates de l’utopie
». HELNWEIN ou « les stigmates de l’utopie ». Telle est la facette du prisme de l’œuvre de cet artiste sur laquelle je me suis arrêté. Il y en a d’autres, avis aux amateurs… Peintre, photographe, actionniste ; si le champ d’expérimentation technique est vaste, le propos d’Helnwein est, lui, pointu comme une élocution de Zarathoustra. Car ce n’est pas un hasard si l’artiste choisit comme sujet des enfants aux sourires bec de lièvre emplis de dévotion ; ce n’est pas un hasard si une fillette se réjouit de manger du chocolat alors que du sang s’écoule de son entrejambe et qu’un caneton sort de son sexe. «Qui d’autre qu’un enfant est capable d’une foi
pure » *, d’un désir d’harmonie exempt d’une
morale sociale annihilante et orchestrée ? Ce n’est point un hasard si Helnwein dépeint une épiphanie
aux rois mages portant des chemises brunes nazies dans les mêmes
tons que ces fantaisies "Disneylandiennes" ; c’est que
tout groupe social, pour œuvrer et croître doit se nourrir
d’une morale commune mise en place par une propagande donnée
; morale interchangeable selon l’époque, le lieu et les intérêts
généraux. Ce qui nous démange donc le scrotum à la vue des peintures
hypra-réalistes de l’artiste, c’est la gêne,
et la honte qui découle du fait de ne pouvoir nous avouer, que
ces visages d’enfants emplis d’espoir, nous les trouvons hideux,
abjects ; ils nous rebutent. Et, comme dans cet action « allzeit bereit » en 73 à Vienne, où il se met lui-même en scène, le visage couvert de bandage et allongé dans un caniveau, ceux qui cacheront (et, de fait, nieront) leur appartenance au groupe seront rejetés et ignorés par nous, tel un linge sale sur un trottoir abandonné. Finalement, dernièrement à l’exposition CORPUS de Brugge dans la nef même de la chapelle du Grand séminaire**, c’est un fœtus au teint verdâtre, un « Fallen Angel » reposant mollement au sein de tourbes amniotiques dans une posture divine et cadavérique, qui semble nous apprendre que, dès la conception de la vie, l’utopie de l’harmonie est déjà morte née, asphyxiée par l’humanité même et ses morales biaisées. 1. « Par delà le bien et le mal », pareil à Nietzsche, c’est finalement l’horreur "possible" des morales de toutes l’humanité qu’Helnwein vient nous imposer avec brio et intelligence. Pour son actualité en Europe, (Belgique, Irlande et Autriche cette année), parcourir absolument son excellent site officiel.
http://www.eclipshead.net/graphisme/graphisme.php3
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